La localité de Mikenge, située dans les hauts plateaux d’Itombwe en territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, a été frappée ce mercredi 20 mai 2026 par un nouvel épisode dramatique lié à l’insécurité persistante dans la région. Un centre professionnel communautaire construit par l’organisation humanitaire Jeunes Solutions aurait été détruit lors d’un bombardement par drone survenu aux environs de 10 heures, selon plusieurs sources locales.
Cette infrastructure représentait un investissement majeur destiné à soutenir les populations les plus vulnérables des hauts plateaux. Réalisé avec l’appui du UN Trust Fund, le centre avait pour mission principale d’assurer la formation professionnelle et la réinsertion socio-économique des femmes et jeunes filles affectées par les conflits armés, ainsi que des femmes cheffes de ménages vivant dans une extrême précarité.
Selon la coordination de l’organisation Jeunes Solutions, la destruction de cette infrastructure constitue « une perte immense pour toute la communauté ». L’organisation déplore qu’un établissement conçu pour redonner dignité, autonomie et espoir aux personnes vulnérables soit anéanti dans un contexte marqué par la violence et les souffrances des populations civiles.
Un centre essentiel pour les femmes et la jeunesse
Le centre professionnel de Mikenge jouait un rôle crucial dans la stabilisation sociale et économique des communautés locales. Il permettait notamment :
la formation des femmes à la fabrication de savon ;
l’apprentissage de la couture pour les jeunes filles et les survivantes de violences ;
l’encadrement et la réinsertion des enfants et jeunes associés aux groupes armés ;
la mise en place d’activités génératrices de revenus pour les familles vulnérables.
Pour de nombreuses familles des hauts plateaux d’Itombwe, cette structure constituait l’unique espace d’apprentissage professionnel et de reconstruction après plusieurs années marquées par les conflits armés et les déplacements de populations.
D’importants matériels et équipements détruits
Au moment du bombardement, plusieurs équipements destinés aux formations professionnelles étaient encore stockés dans le bâtiment. Les dégâts matériels enregistrés sont considérables.
Parmi les biens détruits figurent notamment :
une machine moteur CHANGFA ;
20 pièces de vitres ;
45 sacs de ciment ;
126 tôles ;
40 machines à coudre et leurs accessoires ;
une tronçonneuse ;
2 portes ;
4 fenêtres ;
12 fers à béton de 12 mm ;
20 fers à béton de 6 mm ;
une unité complète de fabrication de savon destinée à la formation des femmes.
Quatre morts et plusieurs blessés signalés
Dans un communiqué publié après l’incident, le bureau de coordination de la société civile d’Itombwe, par la voix de son président, a dénoncé ce qu’il qualifie de « nouvel acte de vandalisme » contre les populations civiles et les infrastructures communautaires.
Cette structure accuse les rebelles de l’AFC/M23-TWIGWANEHO d’être responsables de cette attaque et exige que des enquêtes soient menées afin que les auteurs répondent de leurs actes.
Selon plusieurs sources locales, au moins quatre personnes auraient perdu la vie lors du bombardement, tandis que plusieurs autres auraient été blessées par des éclats de bombe. Le centre visé se trouvait à quelques dizaines de mètres seulement du marché de Mikenge, un endroit fortement fréquenté par la population locale.
Des préoccupations sur le respect du droit international humanitaire
L’organisation Jeunes Solutions rappelle que le droit international humanitaire interdit toute attaque dirigée contre les infrastructures civiles et les installations à vocation humanitaire ou éducative.
Elle souligne notamment que les Conventions de Genève imposent :
la protection des populations civiles en période de conflit ;
l’interdiction de cibler des infrastructures humanitaires et éducatives ;
le respect du principe de distinction entre objectifs militaires et biens civils ;
l’interdiction des attaques disproportionnées mettant en danger les civils.
Face à cette situation, l’organisation appelle toutes les parties impliquées dans le conflit à respecter strictement le droit international humanitaire afin de préserver les populations civiles déjà durement affectées par l’insécurité persistante dans les hauts plateaux d’Itombwe.
LUBUNGA lavoix
