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RDC: Quand la guerre des idées remet l’histoire au cœur du débat sur l’identité congolaise au Sud-Kivu,Par Philippe Undji

Par Red.fizinews
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Il est des débats qui dépassent les personnes pour interroger les fondements mêmes de la République. Au Sud-Kivu, la controverse sur les origines des populations, l’histoire de Mulenge et la nationalité congolaise ne peut être réduite à une rivalité intellectuelle. Elle exige une confrontation rigoureuse des archives, des traditions orales et des sources scientifiques.

Le débat qui m’oppose au professeur Blaise Eca Wa Lwenga ne consiste pas à désigner un vainqueur. La véritable question est de savoir ce que disent réellement les sources historiques sur le peuplement du Sud-Kivu, les migrations antérieures à 1937, les déplacements organisés par l’administration coloniale et les mouvements de réfugiés de 1959.

L’histoire ne se construit ni par les slogans ni par les émotions, mais par la méthode, la critique des sources et la recherche de la vérité.

Une première clarification s’impose : l’ouvrage Le Pays d’Uvira de Georges Weis a été publié en 1959 à partir de recherches réalisées avant les grands bouleversements de 1959-1960. Il est donc essentiel de distinguer la date d’observation, la date de publication et les témoignages recueillis auprès des populations.

Cette précision méthodologique rappelle qu’aucune source ne peut être interprétée en dehors de son contexte.

L’un des enjeux majeurs réside dans la distinction entre la présence d’une population et l’existence d’un peuple constitué. La présence d’individus dans un espace n’implique pas automatiquement l’existence d’une identité collective reconnue sous un ethnonyme contemporain.

À l’inverse, l’absence du terme « Banyamulenge » dans certains documents coloniaux ne constitue pas, à elle seule, une preuve de l’absence historique des populations auxquelles cette identité est aujourd’hui associée.

Les migrations organisées à partir de 1937 constituent une réalité historique solidement documentée. Toutefois, elles ne suffisent pas à expliquer l’ensemble du peuplement des Hauts et Moyens Plateaux de Fizi-Itombwe.

Une lecture scientifique impose de distinguer trois périodes :

– les migrations antérieures à 1937 ;
– la transplantation coloniale organisée dès 1937 ;
– les réfugiés issus de la crise rwandaise de 1959.

Le véritable nœud du débat dépasse les questions ethniques. Il touche à la définition de la nationalité congolaise, au droit foncier et à l’organisation territoriale.

La Constitution rattache la nationalité d’origine aux groupes ethniques présents sur le territoire devenu le Congo à l’indépendance. Mais cette disposition ne doit jamais devenir un instrument de suspicion entre citoyens. La nationalité, la terre et la citoyenneté relèvent de domaines juridiques distincts qui ne peuvent être confondus.

Notre responsabilité collective est de transformer les conflits de mémoire en une culture de la preuve et du droit. La sécurité des communautés ne devrait pas dépendre de la force des armes, mais de la capacité de l’État à protéger tous ses citoyens dans le respect de la loi.

Le débat scientifique doit rester contradictoire sans devenir communautaire. Il peut être ferme sans être haineux, passionné sans alimenter les divisions.

Au fond, cette controverse rappelle une évidence : l’histoire du Congo ne peut être écrite ni par les slogans, ni par les récits partisans. Elle doit s’appuyer sur les archives, les recensements, les cartes, les textes juridiques et la confrontation critique des sources.
Entre la réécriture de l’histoire et le déni des réalités, il existe une voie républicaine : celle de la preuve, du droit et de la citoyenneté.

Les faits historiques demeurent têtus. Mais l’avenir du Congo dépendra moins de la question « Qui était là avant qui ? » que de celle-ci : Comment construire un État où aucun Congolais n’aura besoin de prendre les armes ou de réécrire son histoire pour prouver son appartenance à la Nation ?.

 

Lubunga lavoix 

 

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